Économie du logiciel libre

Je viens de finir la lecture du livre de François Élie: Économie du logiciel libre chez Eyrolles (évidemment :) )

François Élie est le président et fondateur de l’Addulact, une association qui œuvre pour l’utilisation des logiciels libres dans les collectivités locales. Par exemple, leur forge héberge des applications métiers qui une fois écrites par une ville, une région etc. peut être réutilisée par toutes les autres.

Il signe son premier ouvrage, qui explique les particularités du Libre dans l’écosystème des logiciels, identifie les différents acteurs ( »Le hacker, le marchand et le client »), explique les modèles actuels et anticipe les modèles à venir.

Un des chevaux de bataille de François Élie se résume dans la phrase « L’argent public ne doit payer qu’une fois ». Cela signifie simplement qu’un logiciel ne devrait être développé qu’une fois puis utilisé par tous. Mais ce n’est pas du tout la stratégie des grosses (et aussi les petites) compagnies d’édition de logiciels propriétaires. Malheureusement, leur business se base sur le postulat que le client ignore les alternatives qui s’offrent à lui et que le client veut avant tout pouvoir se tourner vers une entreprise particulière quand un problème se présente (pour taper dessus ou avoir une assistance).

Mais les clients, en parlant entre eux, se rendent compte qu’ils ont tous payé exactement le même logiciel. Partant de là, ils se demandent pourquoi ils n’auraient pas passé la commande tous ensemble. C’est la mutualisation des clients que prône et prévoit François Élie. Elle commence par les organismes publics.

Du coté des entreprises du Libre, elles ont depuis longtemps compris l’intérêt de travailler ensemble et on peut voir fleurir des consortiums comme Apache, qui mettent en commun des développeurs, pour faire évoluer des logiciels utilisés par tous. D’autre part, une très grande partie de l’économie du LL repose sur le service. Adapter un logiciel à une entreprise particulière par exemple.

Un mot sur les développeurs et les communautés:
Il existe beaucoup de communautés de développeurs bénévoles dont la seule rétribution ne sont  souvent que des félicitations (revoyez les cours de management: pour les hackers, le besoin de reconnaissance et de loisir se positionnent en bas de la pyramide de Markof :) ). Mais cela doit évoluer: le marché a pendant trop longtemps tiré un profit non reversé de contributions « altruistes ».
On trouve aussi, comme dit plus haut, des communautés hybrides avec des développeurs issus d’entreprises et des bénévoles.

Par la suite, comme un logiciel Libre peut être repris par tous, ce qui comptera le plus sera la maîtrise de la roadmap, c’est à dire de la direction à prendre par le logiciel et les fonctionnalités. Il sera possible de monnayer l’introduction d’améliorations dans la version officielle ( »vanillia ») d’une application métier, d’un serveur, etc.

François Élie conclue en décrivant trois scénarios possibles, allant d’un virage à 180° sur le libre (abandon durable) à la maturité du logiciel Libre en entreprise et à la maison en passant par la réinvention du logiciel propriétaire à la suite de dérives hypothétiques sur les logiciels Libres et une nouvelle forme de captivité.

Je ne résiste pas à l’envie de reproduire la citation du Petit Prince à la fin du livre, illustrant l’indispensabilité de rejeter les brevets logiciels:

[Le businessman] – Bien sûr. Quand tu trouves un diamant qui n’est à personne, il est à toi. Quand tu trouves une île qui n’est à perso nne, elle est à toi. Quand tu as une idée le premier, tu la fais breveter : elle est à toi. Et moi je possède les étoiles, puisque personne avant moi n’a songé à les posséder. (…)

[Le petit Prince] – Moi, dit-il encore, je possède une fleur que j’arrose tous les jours. Je possède trois volcans que je ramone toutes les semaines. Car je ramone aussi celui qui est éteint. On ne sait jamais. C’est utile à mes volcans, et c’est utile à ma fleur que je les possède. Mais tu n’est pas utile aux étoiles…

Saint Exupéry, le petit Prince, XIII

Pour rappel, les brevets logiciels consistent à prendre possession d’un concept. Cela équivaut (cela a d’ailleurs été démontré mathématiquement, c’est la correspondance de Curry-Howard) à breveter un Théorème. Ne devraient être brevetables que les réalisations. Heureusement, les brevets logiciels n’existent pas en Europe mais aux USA on peut assister à des aberration telles qu’un brevet sur le principe de double-clic ou de barre de défilement. Récemment, Apple a été inquiété à cause du multitouch: c’était déjà breveté.

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un commentaire

  1. TT
    Déposé 21 octobre 2009 à 16 h 55 min | Permalien

    Pour d’autres éléments de théorisation, plus politiques, à partir de l’idée de traçage et de reconfiguration des réseaux, notamment sur des principes d’ouverture, voir également http://yannickrumpala.wordpress.com/2009/06/09/de-lutilite-de-lanalyse-de-reseaux-pour-retrouver-des-prises-politiques-sur-la-technique/

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